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Alexandre Dumas, populaire et intemporel

Alexandre Dumas
Alexandre Dumas

Bibliothèque nationale de France

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Connaissant succès et échecs, ruine et fortune, multipliant les voyages comme il collectionne les maîtresses, s’impliquant dans la vie politique de France et d’Italie, Alexandre Dumas a eu une vie aussi riche que l’œuvre qu’il a laissée. Avec plus de trois cents titres (pièces de théâtre, romans, récits de voyage…), il s’impose comme une figure incontournable du paysage littéraire au 19e siècle. Drame romantique, roman historique ou de cape et d’épée, autant de genres qu’il marque de son empreinte : un style populaire, accessible et universel. 

Premiers succès

Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie, général Dumas
Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie, général Dumas |

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Alexandre Dumas Davy de La Pailleterie, dit Alexandre Dumas père (par opposition à son fils, auteur enre autres de La Dame aux camélias), nait à Villers-Cotterêts le 24 juillet 1802. Petit-fils d’une esclave noire de Saint-Domingue (ses détracteurs lui reprocheront souvent son aspect « nègre »), fils d’un général républicain écarté par Napoléon, il n’a que quatre ans lors du décès de son père. Enfant naturel (le thème de la bâtardise revient souvent dans son œuvre), il s’intéresse tôt à la littérature. À vingt ans, il monte à Paris, obtient un emploi dans la maison du duc d’Orléans et commence à écrire des pièces de théâtre.

C’est son drame historique Henri III et sa cour, jouée en 1829, qui le consacre auteur à succès. Il intègre alors le groupe romantique, fréquentant Victor Hugo, Charles Nodier ou Eugène Delacroix. Mais il est et restera toujours républicain, et fait le coup de feu lors de la révolution de 1830. Le triomphe d’Antony (1831), tragédie dont chacun à l’époque se murmure la réplique culte (« Elle me résistait, je l’ai assassinée »), lui permet de démissionner et l’incite à vivre de sa plume.

Henri III et sa cour
Illustration pour l’acte IV de Henri III et sa cour |

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Elle me résistait… je l’ai assassinée !
Illustration pour la scène finale d’Antony |

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Un auteur prolifique

Il n'était qu'un conteur, et plus il mentait, plus il enchantait son public.

Émile Zola, Les Romanciers naturalistes, 1881

Château de Mr. Alexandre Dumas
Château de Mr. Alexandre Dumas |

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Dumas produit alors une quantité phénoménale de textes, dont beaucoup de pièces, avec ses succès (Kean, 1836) mais aussi ses échecs (Caligula, 1837). Il règne sur la scène parisienne : dramaturge le plus joué, il donne le ton de la critique dramatique par sa chronique dans le journal La Presse. Ce qui ne l’empêche pas de se lancer dans d’autres types d’écrits : biographies romancées, feuilletons, chroniques (Chroniques de France, 1839), études (Gaule et France, 1833), et surtout les relations de ses voyages à travers l’Europe.

Il amasse ainsi une fortune considérable, qu’il dépense aussitôt en réceptions extraordinaires qui font jaser tout Paris, en cadeaux pour les maîtresses qu’il collectionne, en bâtiments dispendieux qu’il fait construire : son propre théâtre pour y jouer ses succès et un château baroque qu’il sera obligé de vendre pour tenter de combler les dettes qui s’accumulent. Les années 1840 le voient prendre une autre direction littéraire : le roman. Romans historiques (Les Trois Mousquetaires en 1844, La Reine Margot en 1845, Les Mémoires d’un médecin en 1846), romans contemporains (Le Comte de Monte-Cristo en 1846), etc. Alexandre Dumas est devenu alors un monument du monde littéraire.

Presse et politique

G. Garibaldi
G. Garibaldi |

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Vient la révolution de 1848, à laquelle il participe. En 1851, il fuit la France, pour des raisons politiques, mais surtout financières : il a une horde de créanciers à ses trousses. En Belgique, il rédige ses Mémoires, puis revient en France où il continue d’écrire, sans cesse. Il crée des journaux : un quotidien, Le Mousquetaire (1854-1855), avec des journalistes qu’il ne paie pratiquement pas, puis un hebdomadaire : Le Monte-Cristo (1857-1860), où il rédige tout lui-même. En 1860, il part en Italie aider Garibaldi à réaliser l’unité italienne. Il sera à ses côtés quand le révolutionnaire délivrera la Sicile. Dumas obtiendra un poste officiel à Naples, où il restera quatre ans. Revenu en France, presque ruiné, mais continuant à créer (La San Felice, Les Blancs et les Bleus), il se réfugie chez son fils, où il commence un Dictionnaire de cuisine. C’est là, à Puys près de Dieppe, que la mort le surprend le 5 décembre 1870.

L’héritage de Dumas

Le rôle d’Alexandre Dumas dans l’implantation du mouvement romantique en France est fondamental. Car si, de nos jours, on continue de jouer les pièces de Musset, Hugo, Vigny, c’est Dumas qui impose sur scène le drame romantique dès avant 1830, et c’est encore Dumas qui le popularise par ses succès. De même, c’est lui qui véritablement invente le métier de grand reporter à travers ses récits de voyages, parcourant toute sa vie l’Europe (Angleterre, Allemagne, Italie, Espagne), allant même jusqu’en Russie ou en Algérie. Outre des descriptions, il relate beaucoup d’anecdotes, rendant compte à travers elles des us et coutumes des pays visités.

Le style roman-feuilleton

On sent toujours le cœur battre chaud et palpitant dans la poitrine de ses héros, sous le pourpoint du Moyen Âge comme sous le frac moderne.

Hippolyte Romand, « Alexandre Dumas », Revue des deux mondes, 1834

« Les neufs combattants se précipitèrent les uns sur les autres »
« Les neufs combattants se précipitèrent les uns sur les autres » |

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Mais Dumas reste avant tout connu pour ses romans. Il asseoit le genre dit « de cape et d’épée », et ses textes deviennent une matrice du roman historique. Son but, il le dira, est de retracer par la fiction l’Histoire de France. Il se documente, mais laisse passer des anachronismes, ce dont il est bien conscient : « Qu’importe de violer l’Histoire pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants ». Son style est parfois « négligé », puisque d’abord publié en feuilleton. Mais il traite chaque scène comme un spectacle : dialogues soignés et percutants, description sommaire des lieux de peur d’alourdir le rythme et l’action, sens du détail. Car ce qui compte, c’est l’aventure, au galop. D’où des héros hors du commun à l’idéal chevaleresque : ils ne comptent ni leur peine ni leur argent, jouant leur vie en un instant et dans un éclat de rire. À l’image de Dumas lui-même, chez qui tout est débridé, extravagant. À l’inverse, les personnages antagonistes représentent l’esprit bourgeois : avaricieux, économes, prévoyants, loin de la générosité et de la gratuité.

Collaborations

On a beaucoup reproché à Dumas, et ce déjà de son vivant, ses « collaborateurs ». Car le rythme frénétique de ses publications l’oblige à s’entourer d’assistants, vilipendés par certains (« les nègres du mulâtre »), l’accusant de se contenter de signer des textes écrits par d’autres. Chaque cas est spécifique, mais les récentes recherches ont bien montré que c’est Dumas qui impulsait l’idée, donnait la structure, l’allure du texte, la réécriture. Même si beaucoup de textes sont composites dans leurs origines, un roman signé Dumas est bien de Dumas.

Dumas vu par la postérité

Frontispice : Alexandre Dumas écrivant
Frontispice : Alexandre Dumas écrivant |

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À sa mort, Dumas était considéré comme un grand écrivain. Quelque temps après, on l’avait réduit, dans le meilleur des cas, à un « amuseur » ou un écrivain pour la jeunesse. Il faut attendre la deuxième moitié du 20e siècle pour que soit reprise l’analyse de son œuvre, sous son aspect stylistique, narratif, psychologique, psychanalytique, symbolique, socio-historique, etc. Ce qui n’a pas empêché entretemps un succès constant parmi un public de tous âges, de tous lieux et de toutes conditions sociales. Il est ainsi source infinie d’inspiration pour le cinéma et la télévision du monde entier. Son univers, qui a marqué l’imaginaire culturel français, est devenu planétaire, ce qu’avait déjà vu Victor Hugo en 1872 : « Le nom d’Alexandre Dumas est plus que français, il est européen ; il est plus qu’européen, il est universel ».

Provenance

Cet article provient du site Les Essentiels de la littérature (2017).

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